| Une ville, un stade. Une foule énorme qui hurle sa foi, qui crie sa confiance et qui pense que les miracles ont toujours lieu. A Geoffroy-Guichard, Herbin enferme ses joueurs entre quatre murs. Une consigne, une seul : pressing total. Dans les vestiaires, les Verts, concentrés à l’extrême, blêmes, silencieux, entendent les clameurs. Ils savent que ce soir encore, ils pourront puiser leur 12ème force dans le soutien inconditionnel de 40.000 personnes enchaînées à leur cause. Car ils sont là, certains depuis 4 ou 5 heures. Ils sont venus de partout, de Saint-Etienne, de la région, des 4 coins de France, pour gagner leur match, gagner un peu celui des Verts. C’est un spectacle qui ne s’écrit pas, car on ne peut traduire l ‘émotion, les coups de cœur aussi fortement que les spectateurs les ont ressentis ce soir-là. Les Verts sont décidés à prendre tous les risques. Et tout leur réussit. Il fait chaud dans le Chaudron, comme il faisait triste et froid à Simferopol. Les premières minutes sont haletantes car on les voudrait décisives. Les Soviétiques sont pris à la gorge. La domination stéphanoise est totale, souveraine, beaucoup plus massive et spectaculaire que celle du Dynamo à Simferopol. La tension monte à chaque accélération des Verts. Les soviétiques, froids, calculateurs, n’ont pas le loisir de raisonner. Pas question de pouvoir geler le jeu devant le pressing incessant des diables verts. Piazza déchire la défense de Kiev, mais Larqué ne peut exploiter la situation. Farison, qui a abandonné le marquage d'Onitchenko, pique au centre et tire dans la foulée. Rudakov concède le corner. 2 minutes plus tard, Larqué expédie un tir-canon. Rudakov ne peut bloquer mais Rejko sauve de justesse devant Hervé Revelli. Après cette flambée initiale, l'ASSE éprouve légitimement le besoin de souffler. Rocheteau (tête), Farison (tir) sont encore dangereux mais ce sont les soviétiques qui terminent le plus fort cette mi-temps par 2 actions de l'inévitable Blokhine, mais Janvion et Curkovic veillent. Les Verts regagnent les vestiaires comme à regret. 0-0 à la mi-temps. Durant le repos, les spécialistes font la grimace, mais il n'est pas un spectateur pour se résoudre à l'élimination. De son côté, Herbin conseille ses hommes : "Prenez patience, continuez, ça va passer ". A la reprise, Patrick Revelli remplace Sarramagna, blessé à la cheville. Le jeu reprend sur le même mode : calme soviétique, pression stéphanoise. Les minutes passent trop vite. Rocheteau, Larqué provoquent des arrêts-réflexes de Rudakov mais rien ne passe. Les Ukrainiens font circuler le ballon par un redoublement de passes latérales. Voilà même qu’ils tentent quelques incursions offensives. Et le doute commence à s’insinuer. D’autant que Rudakov, l’immense gardien du Dynamo (1,92 m) réussit le sans-faute. On en arrive alors à cette fabuleuse 65éme minute qui restera historique dans les annales du club. Blokhine, en position de contre, a récupéré le ballon sur l'aile droite. Il grille Janvion. Il file balle au pied, élimine Lopez, le dernier défenseur, d’une petite feinte. Le but s’ouvre devant lui, avec le seul Curkovic, qui a toutefois réduit l'angle, pour le défendre. Tout le monde voit déjà le ballon au fond des filets. Mais non. Au lieu de tirer au but, ou de passer la balle à Onitchenko qui est seul, lui aussi, sur sa gauche, Bokhine commet le pêché d’orgueil. Il tente de crocheter Lopez, revenu à toutes jambes. L’erreur fatale… Lopez, en effet, lui souffle le ballon. Dans le contre qu’il amorce, il transmet à Piazza, lequel, crinière au vent, lance Patrick Revelli qui, sans contrôle et de l’extérieur du pied réussit, d’une pichenette, à prolonger le ballon vers son frère Hervé. Rejko est lobé. Piazza est là, mais Hervé Revelli est le plus prompt. Déporté sur la gauche, il tire instantanément avec précision. Rudakov resté figé sur sa ligne, est battu. Le stade explose, croule sous l'ovation. Une minute s'est écoulée entre l'erreur de Blokhine et l'exploit d'Hervé Revelli. Une minute entre le drame et l'espoir, la minute la plus folle qu'un match de cette importance ait jamais fourni. Si Blokhine avait concrétisé sa magnifique percée qui devait être la seul menace véritable pour le but de Curkovic,la tâche des Stéphanois serait devenue insurmontabe. Il aurait fallu qu'ils marquent 4 buts en 25 minutes pour espérer se qualifier. |